Lâcher prise : ce que ça veut dire vraiment, et comment s'y prendre
Lâcher prise, c'est cesser de dépenser de l'énergie sur ce qui ne dépend pas de vous — pour la garder pour ce qui en dépend.
Ce n'est ni renoncer (on continue d'agir), ni devenir indifférent (on continue de tenir à la chose), ni « penser positif ». C'est un tri, pas un état d'esprit. Et c'est pour ça que l'injonction « lâche prise » ne sert à rien : elle nomme le résultat, jamais le chemin.
Pourquoi c'est si difficile
Parce que ce à quoi on s'accroche n'est presque jamais la situation elle-même. C'est l'un de ces trois besoins :
- Le contrôle. Tant que je m'inquiète, j'ai l'impression d'agir. L'inquiétude est vécue comme une forme de vigilance utile — elle n'en est pas une, mais elle en a le goût.
- La justice. Lâcher, ce serait admettre que c'était injuste et que rien ne le réparera. Beaucoup préfèrent la rumination à cet aveu.
- L'identité. « Si j'arrête de tenir à ça, qui je suis ? » — le cas le plus lourd, et celui qu'on ne voit pas.
Repérer lequel des trois vous concerne fait plus de travail que dix conseils généraux.
Le tri, en une question
La question qui fait tout le travail est ancienne, et elle tient en une phrase : est-ce que cela dépend de moi ?
Prenez ce qui vous occupe l'esprit en ce moment et découpez-le en deux colonnes :
| Ce qui dépend de moi | Ce qui n'en dépend pas |
|---|---|
| Ce que je dis, écris, demande | Ce que l'autre en pense |
| Ce que je prépare | Le résultat |
| Mes limites | La réaction à mes limites |
| Le fait de postuler | La décision du recruteur |
La colonne de droite est celle qui consomme presque toute l'énergie, et c'est la seule sur laquelle il n'y a rien à faire. Lâcher prise, c'est simplement rendre la colonne de gauche à sa vraie taille.
Presque toujours, quelque chose s'y déplace au passage : « je n'y peux rien » devient « je peux dire ce que j'en pense, une fois, et arrêter là ».
Cinq gestes qui marchent
1. Écrire les deux colonnes, à la main
Pas mentalement — la tête mélange les deux en permanence. Écrire les sépare, et voir la colonne de droite écrite noir sur blanc suffit souvent à en desserrer la prise.
2. Se donner un temps d'inquiétude
Quinze minutes, à heure fixe, où vous vous inquiétez pour de bon. Le reste de la journée, quand ça revient : « pas maintenant, à 18 h ». Ça paraît absurde et c'est efficace, parce que l'esprit lâche plus facilement ce qui a un rendez-vous que ce qu'on essaie de chasser.
3. Agir une fois, puis fermer
Envoyer le message, dire la chose, poser la question. Une fois. Ce qui use n'est pas l'action, c'est de la refaire mentalement quarante fois après coup.
4. Nommer le besoin en dessous
Contrôle, justice ou identité ? Dire lequel c'est réduit sa force, et surtout indique quoi faire : un besoin de contrôle se traite par l'action, un besoin de justice se traite par le deuil, un besoin d'identité par le temps.
5. Décider de la durée, pas de la fin
« Je n'y pense plus » est intenable. « J'y pense encore cette semaine, et vendredi je décide » l'est. On ne lâche pas sur commande ; on peut borner.
Lâcher prise, est-ce renoncer ?
Non — et c'est la confusion la plus fréquente.
Renoncer, c'est arrêter d'agir. Lâcher prise, c'est arrêter d'agir là où l'action n'a aucune prise, précisément pour continuer ailleurs. Quelqu'un qui a lâché prise sur le résultat d'un entretien continue de postuler ; il a simplement cessé de rejouer l'entretien passé chaque soir.
Le test : après avoir lâché, est-ce que vous en faites moins ou est-ce que vous en faites autant, plus légèrement ? Si c'est moins, ce n'était pas du lâcher-prise.
Quand c'est le perfectionnisme qui tient
Souvent, l'incapacité à lâcher ne vient pas de la situation mais d'une exigence : tant que ce n'est pas parfait, ce n'est pas fini, donc on ne peut pas poser. C'est un cas particulier, et il se travaille à part — c'est l'objet du parcours Lâcher le perfectionnisme.
Et quand ce qui ne se lâche pas est la liste elle-même — tout ce à quoi il faut penser pour que le foyer tourne — c'est de charge mentale qu'il s'agit, pas de lâcher-prise : voir Survivre à la charge mentale.
Commencer maintenant
Prenez la chose qui vous occupe le plus, et faites les deux colonnes. Cinq minutes, sur papier.
Puis une seule action dans la colonne de gauche, aujourd'hui. La droite, vous la relirez : elle n'a pas besoin de vous.
Si ce qui revient sans cesse est plutôt le doute sur vous-même que la situation, l'angle utile est ailleurs — voir estime de soi. Et si l'esprit ne se pose jamais assez pour faire ce tri, la cohérence cardiaque est le moyen le plus court d'y arriver.
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Questions fréquentes
Que veut dire lâcher prise exactement ?
Cesser de dépenser de l'énergie sur ce qui ne dépend pas de vous, pour la garder pour ce qui en dépend. Ce n'est ni renoncer, ni devenir indifférent, ni penser positif : c'est un tri, pas un état d'esprit — ce qui explique pourquoi l'injonction « lâche prise » ne sert à rien.
Lâcher prise, est-ce renoncer ?
Non. Renoncer, c'est arrêter d'agir ; lâcher prise, c'est arrêter d'agir là où l'action n'a aucune prise, précisément pour continuer ailleurs. Le test : après avoir lâché, en faites-vous moins, ou autant mais plus légèrement ? Si c'est moins, ce n'était pas du lâcher-prise.
Comment faire concrètement quand on n'y arrive pas ?
Découpez ce qui vous occupe en deux colonnes écrites à la main : ce qui dépend de vous, ce qui n'en dépend pas. La tête mélange les deux en permanence ; l'écrit les sépare. Puis une seule action dans la colonne de gauche, et un temps d'inquiétude à heure fixe pour le reste.
Pourquoi est-ce si difficile de lâcher ?
Parce qu'on ne s'accroche presque jamais à la situation elle-même, mais à l'un de trois besoins : le contrôle (tant que je m'inquiète, j'ai l'impression d'agir), la justice (lâcher reviendrait à admettre que rien ne réparera l'injustice), ou l'identité (si j'arrête de tenir à ça, qui suis-je ?).
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